vendredi 31 juillet 2015

Juillet 2015



Treez: financez un arbre près de chez vous ou à l'autre bout du monde


(Imaginez si les arbres émettaient un signal wifi: on en planterait tellement qu'on sauverait sans doute la planète au passage. Malheureusement, ils ne produisent que l'oxygène que nous respirons.)


Comme vous vous en souvenez peut-être, un de mes objectifs pour l'année 2015 était de soutenir chaque mois une cause qui me touchait. En juillet, je suis tombée sur le projet Treez, une communauté d'"utopistes pratiquants" engagés dans la reforestation un peu partout à travers le monde. Pour les aider - et se faire plaisir, ou faire plaisir à un amoureux de la nature -, on peut financer un arbre qui sera planté en France, au Ghana, en Thaïlande, au Brésil ou au Pérou par un travailleur local. Ca ne coûte que 12€, en échange desquels on reçoit un bracelet en bois à monter (d'une couleur variable selon le pays choisi) et un code qui, entré sur le site, permet d'avoir de plus amples informations sur "son" arbre: son espèce, l'endroit où il pousse... Le mien sera un tamarin sauvage et il poussera à Dhamma Rakhsa, en Thaïlande, parce que j'aime bien voyager par procuration. Si vous êtes intéressé par l'idée, j'ai un code de 10% à valoir sur l'achat de votre premier arbre; n'hésitez pas à me le demander par mail!







jeudi 30 juillet 2015

Où je me ruine pour l'amour de mon coccyx


A l'époque où je touchais, chaque mois de juin, une somme coquette en droits d'auteur excédentaires sur l'exercice précédent, j'avais pris l'habitude de programmer de petits travaux d'amélioration de mon appartement pendant l'été. Ainsi, en 2012, j'ai fait changer mes fenêtres d'origine en bois passablement abîmé pour des fenêtres en PVC dont certaines à oscillo-battant. En 2013, j'ai remplacé mon vieux tableau électrique par un modèle plus moderne et plus sûr, puis fait poser une climatisation réversible - une décision dont je me félicite depuis, aussi bien pendant les grosses chaleurs de l'été que pendant les mois les plus froids de l'hiver. L'an dernier, mes droits d'auteur excédentaires avaient tellement piqué du nez que je me suis contentée de changer mes tapis et ma table de salon (l'ancienne avait presque 15 ans et je ne pouvais plus la voir en peinture). 

Cette année, mes droits d'auteur excédentaires sont devenus quasi inexistants, mais comme le grand voyage auquel j'aspire ne s'est toujours pas concrétisé, j'avais quand même un peu de sous en banque, et après longuement hésité, j'ai décidé de les consacrer à un aménagement dont je parle depuis l'achat de mon appartement en janvier 2003: remplacer l'escalier de ma mezzanine. L'escalier d'origine n'était guère plus qu'une échelle améliorée, avec des marches de 18 cm de large couvertes d'une moquette super glissante. Chaque fois que je me levais la nuit pour descendre aux toilettes, j'avais peur de tomber et de me péter le coccyx ou pire. Et il restait jusqu'au mur d'en face assez de marge pour tirer un escalier un peu plus long qui décrirait un virage d'un quart de tour dans la fin, ce qui permettait de gagner sur l'inclinaison et donc de faire des marches plus larges.


Ceci n'est pas un bouquet de tulipes rouges. 

En octobre dernier, j'ai confié le projet à mon ami Jean-Michel, menuisier émérite qui avait déjà fabriqué ma bibliothèque sur mesure à l'époque de mon emménagement, ainsi qu'un meuble à chaussures et une étagère de cuisine assortis au reste de mon mobilier Interiors. Je savais qu'il bossait super bien et à des tarifs corrects. Je lui ai exposé mon idée; il m'a confirmé que c'était tout à fait réalisable et que ça donnerait bien, et m'a présenté un devis qui correspondait à ce que j'avais en tête. J'ai dit banco. Les travaux initialement prévus au printemps ont été repoussés deux fois, la première parce que je manquais de liquidités, la seconde parce que Jean-Michel manquait de temps. Finalement, ils ont eu lieu lundi dernier.




Le samedi précédent, Jean-Michel était passé avec son fils et un collègue pour m'apporter le plus gros morceau de mon escalier déjà assemblé (montants en fraké, marches en hêtre). Ils avaient dû le hisser par mon balcon, en une manoeuvre dangereuse qui m'avait fait grimper la tension à 28. Le dimanche, le bois encore non traité a embaumé tout mon petit appartement tandis que je me familiarisais avec la bête. J'ai ôté tous les bibelots des meubles placés sous l'escalier actuel et dégagé le reste du salon afin de laisser un maximum de place pour manoeuvrer les pièces anciennes et nouvelles. Le lundi matin, Jean-Michel est arrivé un peu après neuf heures et a commencé la dépose de mon ancien escalier. La manoeuvre, plus rapide et beaucoup moins bruyante que je m'y attendais, m'a même permis de faire un peu de relecture dans le bureau voisin. Quand il est parti déjeuner, il n'y avait plus moyen d'accéder à ma mezzanine. J'ai posté un Instagram pris de face, et plusieurs personnes ont commenté: "J'ai d'abord cru que c'était une maison de poupée!". C'est vrai que ça faisait tout bizarre. 




L'après-midi, Jean-Michel est revenu avec son collègue pour mettre en place le nouvel escalier, et ça a été une autre paire de manches. Pendant deux heures, je les ai entendus jurer, grogner, casser des plinthes et scier des trucs qui ne passaient pas. J'étais à deux doigts de m'évanouir de stress en imaginant mon salon dévasté. Mais finalement, c'est rentré. Après ça, le collègue est parti et Jean-Michel a encore passé plus de quatre heures à poser la rambarde de la mezzanine et la main-courante de l'escalier (ouvert côté pièce), puis à lazurer le tout en blanc et à remettre un peu d'ordre. Après son départ vers 20h30, j'ai dû faire la poussière, passer un sérieux coup d'aspirateur et tout remettre en place, avec quelques petites améliorations par rapport à la disposition précédente. J'ai notamment pu caser sous la partie supplémentaire de l'escalier un coffre qui jusqu'ici était coincé entre mon canapé et mon plan de travail américain. Les appareils électro-ménagers qui reposaient sur le coffre en question sont partis sur la petite commode qui contient des chopes et mes verres: la hauteur est bien plus pratique et ça m'évitera de contourner le plan de travail chaque fois que je veux faire bouillir de l'eau pour me préparer un thé.





Je maintiens que j'aurais préféré consacrer mon argent à un beau voyage, mais puisque ça n'était pas possible, investir dans un aménagement pratique et sécurisant me semble une solution de rechange nettement plus satisfaisante que le dépenser insidieusement en conneries au fil des mois. Je n'ai plus de visions d'horreur de mon corps fracassé sur le carrelage quand je me lève la nuit. Le nouvel escalier est bien plus beau que l'ancien, au bois lacéré de vieilles griffures de chat et à la moquette jaune à moitié effilochée. Je pense même qu'on pourrait y faire des photos sympas. D'un point de vue strictement esthétique, la main-courante était dispensable, mais d'un point de vue "gestion de mes angoisses idiotes", je préfère quand même l'avoir. Globalement, donc, un bilan positif pour ces travaux dont la réalisation me stressait pas mal d'avance.





La prochaine fois que j'aurai un peu de sous à consacrer à mon intérieur, je ferai refaire les peintures (la hauteur sous plafond dans ma pièce principale est telle que je ne peux pas envisager de m'en charger moi-même, et puis j'adorerais me débarrasser de l'horrible revêtement gouttelette et ça, c'est clairement un travail de pro) et j'en profiterai pour virer les petites loupiotes de la cuisine dont les caissons de coffrage se détachent du plafond et dont plusieurs ampoules ont un faux contact qui les maintient éteintes depuis des années. 

mercredi 29 juillet 2015

Challenge Instagram 31 jours d'été




Le dernier challenge Instagram que j'ai lancé a été bien suivi et m'a permis de découvrir l'univers des participantes - alors que d'habitude c'est moi qui montre ma vie sans savoir grand-chose de mes lectrices. J'ai adoré, et vu que ça suscitait aussi plein d'échanges entre vous. Du coup, j'ai envie de remettre ça sous une forme un peu moins directive, pour éviter que la contrainte du thème quotidien ne vous rebute et laisser plus de place à votre créativité. 

Cette fois, voilà donc ce que je vous propose: pendant tout le mois d'août, chaque jour, vous postez une photo d'une chose qui est pour vous typique ou symbolique de la saison d'été. Peu importe que vous partiez en vacances ou pas: il y aura probablement du ciel bleu, de jolies sandales, des lunettes de soleil, des cornets de glace, des cocktails ornés d'ombrelles et des bouquets de tournesols même dans votre lieu de résidence habituel. Ca vous dit? On commence samedi avec le hashtag #31joursdete (pas d'accents ni d'apostrophe). A très vite j'espère!

Je suis rapide, mais j'ai besoin de beaucoup d'élan




D'un côté, je suis une feignasse extrême, jamais à court de raisons pour procrastiner les trucs modérément fun - c'est-à-dire, tout ce qui n'est pas lire en buvant du thé ou un cocktail, aller bruncher dans un endroit bobo ou prendre un avion pour une destination semi-lointaine. De l'autre, quand je m'attaque vraiment aux choses, elles sont souvent pliées en un temps record. Exemple concret. Le matin, à moins d'avoir un train à prendre, je mets trois plombes à me lever, et je passe autres trois plombes à errer sur les internets en sirotant un mug de you zi hua cha. Comme en plus, je ne sais me mettre à bosser que sur l'heure pile ou la demie (bonjour la manie idiote), il est minimum 10h quand je tape le premier mot rémunéré de la journée. Par contre, deux heures plus tard, j'ai aligné 15 à 20 000 signes français - et pas du kilométrique, du presque propre. Au final, j'ai un super rendement professionnel en 4 heures par jour à peine, mais sauf exception en période de bouclage, je suis presque incapable de bosser davantage dans une journée. J'ai besoin de temps pour me mettre en condition, et de temps pour laisser refroidir mon moteur après l'effort. 

C'est la même chose avec les grands projets qui risquent de s'avérer difficiles à mettre en oeuvre: j'y pense pendant dans mois, voire des années, en me trouvant tout un tas d'excuses pour ne pas m'y mettre. Et puis un jour, il me prend le coquin de sort (comme on dit par chez moi) et je révolutionne ma vie dans la semaine. Vu de l'extérieur, le brusque changement de régime a de quoi surprendre: je n'ai pas d'autre mode de fonctionnement que "mollusque neurasthénique" et "Speedy Gonzales". Mais en réalité, pendant que j'ai l'air de glander, je me prépare mentalement. Je rassemble des idées - consciemment ou non, d'ailleurs; je soupèse mes propres objections; j'élimine les distractions. Je laisse mûrir ou décanter mes projets initiaux; je les apprivoise jusqu'à ce qu'ils me semblent réalisables. Extérieurement, je reste immobile. Intérieurement, je prends de l'élan pour sauter le plus loin possible du premier coup, parce que les obstacles me rebutent et que les échecs me découragent. 

Voilà pourquoi ça fait déjà deux ou trois ans que je parle de reconversion professionnelle sans rien faire de concret. Mais là, depuis quelques semaines, je tiens une piste qui me plaît beaucoup, et j'ai commencé à chercher des moyens de l'explorer, notamment à travers des lectures personnelles et des cours en ligne. Je bute encore sur un très gros obstacle, qui est mon rapport difficile à autrui. J'ai néanmoins décidé de ne pas attendre d'avoir trouvé une solution pour commencer à me former, parce que sinon, j'y serai encore à l'heure de prendre ma retraite. J'espère qu'en travaillant sur le sujet qui m'intéresse, je vais débloquer en moi les choses nécessaires. Et sinon, bah, j'aurai quand même appris des trucs. Mais je ne pars pas perdante. J'ai réussi à beaucoup progresser sur le plan personnel ces dernières années, et même le bastion "sociopathie" me semble un peu moins imprenable maintenant. 

mardi 28 juillet 2015

"Les beignets d'Oscar", ou: l'important, c'est que la mort nous trouve vivants


Lucio n'a pas assuré.
Prof de sport dans une salle de quartier minable, entraîneur d'une équipe junior de water-polo à ses heures perdues, ce presque quadragénaire un peu bedonnant (la faute, entre autres choses, au délicieux beignet qu'il passe manger tous les matins dans la pâtisserie de son beau-père) a trompé son épouse adorée avec une de ses clientes. Quand Paola l'apprend, elle le jette dehors. 
Et quelques jours après, Lucio fait la connaissance de "l'ami Fritz": une tumeur de 6 cm de long qui s'est confortablement installée dans son foie avant de faire plein de petits dans ses poumons. Sans chimiothérapie, son médecin estime qu'il lui reste trois mois avant d'entrer dans la phase terminale de son cancer. 
Paradoxalement, ces 100 jours vont être les plus heureux de la vie de Lucio.

J'ai fait l'emplette de ce roman parce que je cherchais une lecture estivale feel-good.
Grosse erreur.
Sans doute influencée par la couverture pimpante et le sous-titre contenant le mot "bonheur", j'imaginais que la maladie ne serait qu'un prétexte sur les aspects matériels duquel l'auteur passerait pudiquement, le déclencheur d'un joyeux conte philosophique dont le héros resterait serein face à sa mort inéluctable.
...Pas trop, non.
Ne vous y méprenez pas: Lucio ne passe pas 400 pages à se tordre de douleur, vomir et regarder tomber ses cheveux. Le propos du livre est effectivement que l'imminence de la mort va lui apprendre à vivre pour de vrai, et en cela, on peut considérer qu'il s'agit d'un roman globalement positif.
Mais qui fait beaucoup pleurer, quand même. Parce que si le côté médical n'est abordé qu'assez superficiellement, les souffrances mentales du héros, elles, occupent une bonne partie du bouquin - et il est difficile de ne pas se projeter à sa place. Ce qui est sans doute le but: pousser le lecteur à réfléchir à ce qu'il voudrait faire s'il vivait ses dernières semaines sur Terre et donc, plus largement, au sens qu'il veut donner à sa vie.
Pas un sujet léger, donc.
Pour autant, même si j'aurais sans doute esquivé "Les beignets d'Oscar" eussé-je mesuré son potentiel lacrymal, j'ai adoré ce roman au style enlevé et souvent drôle (mais je suis très sensible à l'humour du désespoir). Le découpage en 100 chapitres brefs donne un rythme dynamique. Les personnages secondaires sont assez savoureux - le beau-père qui retrouve l'amour sur le tard, les deux meilleurs amis qui organisent de grosses parties de déconnade, le libraire qui écrit et vend des romans en exemplaire unique, le vieux monsieur qui a changé son appartement en boutique de bavardages pour gens esseulés... Le héros, un type très ordinaire, bon vivant un peu lâche, déploie des efforts touchants bien que tardifs pour reconquérir sa femme et tisser des liens avec ses enfants. Et puis, difficile de ne pas éprouver de sympathie pour cet admirateur acharné de Léonard de Vinci ("le Toscan multicasquette") qui partage son petit-déjeuner avec un moineau, dresse des listes de qualités des gens qu'il aime et, à une séance avec un psychologue, préfère une glace pistache-croustichoc-vanille d'antan.
Je n'ai que peux petits bémols: un fond de machisme qui s'exprime à travers quelques considérations bien rétrogrades sur l'infidélité programmée des hommes et l'incapacité des femmes à réaliser un créneau, et un épilogue dont je trouve l'angélisme limite insultant. Cela ne change rien au fait que "Les beignets d'Oscar" est un roman émouvant, qui parvient à divertir et faire réfléchir en même temps. Pas une lecture feel-good, certes, mais une très bonne lecture tout de même.

lundi 27 juillet 2015

Plaisirs coupables




- L'hiver, me faire un chocolat chaud et le manger avec de la brioche tartinée de confiture d'abricot en guise de dîner. 
- Finir par jeter à la corbeille un mail auquel je n'ai pas répondu depuis si longtemps que l'expéditeur doit avoir oublié qu'il me l'avait envoyé en premier lieu.
- Décider que le ménage peut bien attendre encore une semaine et que personne n'est jamais mort de vivre dans un appartement aux vitres presque opaques de poussière.
- Laisser Chouchou monter les gros sacs de courses maintenant qu'il est plein de muscles. 
- En rangeant les restes du dîner au frigo, boulotter subrepticement une autre cuillère du risotto désormais froid. 
- Choisir dans ma PAL un roman jeunesse rigolo qui vient juste d'arriver plutôt qu'un des gros bouquins très intelligents qui attendent depuis des mois. 
- Profiter d'une petite migraine au réveil pour décider qu'aujourd'hui, c'est congé - et faire uniquement des choses dont j'ai envie.
- Préférer obstinément la mayonnaise en tube Lesieur à toutes les mayonnaises maison. 
- Trouver enfin le courage de me débarrasser d'une fringue chère et jamais portée. 
- Renoncer officiellement à poursuivre un projet personnel qui, tout compte fait, m'emmerde. 
- Apprendre l'arrêt d'une série chiante que je ne continuais à traduire que parce que je m'y sentais moralement obligée vis-à-vis de l'éditeur.
- Commander un second cocktail.
- Abandonner en cours de route une lecture qui ne m'apporte aucun plaisir.
- Craquer pour une Xième paire de chaussures irrésistibles.
- N'avoir qu'un vieux Nokia déchargé la plupart du temps, et être injoignable dès que je sors me balader. 
- Exceptionnellement, manger un burger avec un vrai steak de boeuf saignant. Ou des rillettes  maison. 
- Masquer les publications de mes contacts FB qui parlent toujours du même sujet rasoir. 
- Comme une sale bourge, payer 20€ de supplément pour une place de 1ère classe isolée dans le TGV. 
- Caresser les lobes d'oreille de Chouchou, qui déteste ça.
- Ecrire un article assassin sur un bouquin que j'ai trouvé inepte.
- Avoir une excellente raison de zapper le fitness un jour de flemme.
- Finir par jeter le dernier petit bout de savon qui semble absolument inusable pour le plaisir d'en entamer un nouveau avec un parfum différent. 
- Quand ma voisine Solange (89 ans, sourde comme une Le Creuset) n'entend pas mon coup de sonnette et que je peux laisser ce que je lui apportais sur son paillasson sans avoir à subir pour la 197ème fois l'énumération détaillée de tous ses maux.
- Quand mon train a un retard juste suffisant pour que la SNCF me rembourse une partie de mon billet, mais pas assez important pour me faire rater ma correspondance. 
- Quand un proche tout penaud vient me dire: "Tu avais raison".