jeudi 27 novembre 2014

Le jeudi où le Coudon disparaît


(En principe, dans le fond, il y a une montagne. Pas une grosse, certes, mais une montagne quand même.)

Hier soir, je voulais me coucher à une heure décente. Puis je me suis lancée dans la rédaction d'un long billet que je ne publierai sans doute jamais (il se prête beaucoup aux attaques, et je n'ai pas envie de passer la journée à me justifier), et après ça, je suis montée me coucher avec "Le complexe d'Eden Bellwether", reçu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire Price Minister. Du coup, il était encore 3h quand j'ai fini par éteindre la lumière. Ce matin, je me lève, et tout ce que j'ai envie de faire, c'est lire-lire-lire. Mon planning de boulot, toutefois, ne l'entend pas de cette oreille. Je vais donc tâcher de me restreindre jusqu'à samedi - où je me ferai un monstre goûter-lecture à La Théière. J'ai cru voir un minuscule bout de ciel bleu... ah ben non, tout le paysage a disparu sous le brouillard au-delà du carrefour voisin, et les gouttières débordent de nouveau. Mais j'avoue que je ne déteste pas me retrouver coincée par la pluie dans mon petit chez-moi si douillet, ma forteresse de paisible solitude. Surtout quand je dois traduire un texte aussi passionnant que bourré de difficultés. Il ne faut jamais désespérer: presque un mois après que j'aie terminé la traduction de cette bédé, le contrat correspondant vient d'arriver dans ma boîte (sans doute apporté par un facteur amphibie). Toutes ces bonnes intentions qui restent lettre morte parce que je suis embarrassée de les mettre en pratique, c'est quand même un peu idiot. Les gens, vous pouvez écrire ce que vous voulez pour soi-disant empêcher Facebook d'utiliser vos données personnelles: du moment que vous les avez mises sur internet, n'importe où et n'importe quand, elles ne vous appartiennent déjà plus. Il est 19h49 quand je boucle mon quota de pages pour la journée; je dois encore relire une dernière fois la bédé avant de la mailer à l'éditeur, et rédiger une quatrième de couv pour le tome 13 de Pretty Little Liars malgré une inspiration proche du degré de congélation de l'azote liquide. Je n'ai pas testé de nouveaux thés depuis trop longtemps, et mes variétés habituelles commencent à me lasser. 22h10: je suis libre, libre, liiiiiiiiiibre (jusqu'à demain matin). A nous deux, Eden Bellwether!

London shopping




Outre les trois objets de créateurs que je vous ai montrés ici, voici les achats que j'ai rapportés de Londres le week-end dernier: 

- Un flacon de gel douche Burt's Bees à la menthe poivrée et au romarin: Pascaline, qui vivait alors aux Etats-Unis, me l'avait fait découvrir lors du swap beauté il y a plus de 2 ans, et depuis, j'en cherchais vainement à Bruxelles. Je suis plutôt savon à la base, mais l'odeur est divine et elle réveille terriblement bien! 

- Un pot de Gloomaway (crème soufflé pour le corps au pamplemousse) Origins: pareil, impossible d'en trouver en France ou en Belgique, et je raffole aussi bien de la texture que du parfum de ce produit, dont je viens justement de terminer le pot précédent acheté l'an dernier à Brighton. 

- Un assortiment de trois chocolats en poudre de luxe Whittard. J'aurais sans doute résisté si le blanc n'avait pas été en dégustation dans le magasin de Covent Garden au moment de mon passage. Mais là? C'était juste trop bon. 

- Des bricoles chez Paperchase, parce que leur gamme "Dreamscape" dont j'avais déjà un porte-cartes (acheté à Copenhague) et le note pad (offert par Rock'n'Laurette) est vraiment trop mignonne. Cette fois, j'ai craqué pour les masking tapes et deux mini-carnets - ainsi que quelques cartes postales, deux planches de puffy stickers, un assortiment de Post-It licorne et une mini-gomme licorne à mettre au bout d'un crayon papier. (Je ne veux pousser personne au crime, mais leur site internet livre en France.)

- Un livre: "We are all completely beside ourselves" (il faisait partie de la sélection "Buy 1, get 1 half-price" de W.H. Smith, et j'ai quand même réussi à ne pas en prendre un second car aucun ne me plaisait vraiment). 

- Deux magazines: le numéro de décembre de Mollie Makes (je ne suis plus abonnée, et le petit kit "breloque renard" vendu avec la version papier était juste irrésistible) et le dernier Oh Comely

- Deux robes achetées au marché couvert de Spitalfields pour £22 en tout - oui, c'est du pur synthétique et elles ne tiendront sans doute pas 10 ans, mais j'aime beaucoup les imprimés et elles me vont très bien.

Alors bon, au total, ce n'est pas rien, mais c'est beaucoup, beaucoup moins que ce que j'aurais rapporté il y a ne serait-ce que 5 ans. J'ai envisagé et rejeté au moins le double d'emplettes potentielles - plein de jolies choses à la Renegade Craft Fair, un mug Alice au Pays des Merveilles chez Whittard (j'avais dit qu'à partir de maintenant, je buvais mon thé dans des tasses), un sublime agenda 2015 chez Paperchase (parce que je me suis déjà équipée en la matière), un très beau tote bag renard au musée d'histoire naturelle (mais deux tote bags dans le week-end, ça aurait été un peu trop), un haut-de-forme en velours rouge sur le marché couvert de Spitalfields (quand est-ce que je l'aurais mis, à part peut-être aux Imaginales et pour Trolls & Légendes?), le livre "Sherlock: Chronicles" (mais soyons honnête, c'était surtout parce que je ne voulais pas le trimballer: je le commanderai sûrement sur Amazon d'ici Noël), ainsi qu'un très beau Cthulhu en peluche (rétrospectivement, je le regrette un peu) chez Forbidden Planet. J'ai volontairement évité de mettre les pieds chez Topshop et autres antres de la tentation vestimento-accessoiresque, ainsi que dans les grands magasins genre Harrod's ou Selfridges, et dans le flagship store Paperchase de Tottenham Court Road où j'aurais sans doute fait un massacre. Au final, je trouve que je ne m'en tire pas si mal: la plupart de mes emplettes relèvent de la catégorie "consommables" et ne moisiront pas longtemps dans mes placards!

mercredi 26 novembre 2014

Le mercredi où Chouchou invente la Bisoubox




Evidemment, quand on fait de la paperasse jusqu'à presque 3h du matin, c'est un peu dur de se tirer du lit à l'heure habituelle le lendemain. 1500 personnes ont été évacuées durant la nuit sur la commune de Hyères, et seule une poignée de commerçants a réussi à se déplacer pour venir faire le marché du mercredi dans la rue principale de Monpatelin. "Il est drôlement joli votre manteau!" s'exclame une dame âgée en me croisant sur le seuil de la boulangerie. Dévaliser mon primeur en patates douces jaunes, qu'on ne trouve que dans la région, pour les envoyer à ma mère et à ma soeur qui en raffolent. "Je ne pensais pas vendre quelque chose ce matin", avoue ma fleuriste en m'emballant une botte des premières tulipes de Carqueiranne, plus deux bottes de renoncules blanches à peine défraîchies dont elle me fait cadeau. Je savais qu'un jour, les kilomètres carrés de papier bulle soigneusement mis de côté me serviraient à quelque chose. Enfin, un semblant de lumière pour photographier le contenu du paquet de swap papeterie que je dois envoyer cette semaine! Mes pulls en cachemire dégoulinants sècheront-ils mieux dehors à l'air libre, ou dedans avec le chauffage à 25°? Il ne pleut pas aujourd'hui, mais c'est rare que le ciel soit aussi gris et bas au-dessus de Monpatelin, me forçant à allumer la lumière dans mon bureau dès 14h30. Vingt minutes à suer sur un paragraphe de huit lignes consacré au mauvais sommeil dans un train de nuit - mais à la fin, je suis assez contente de moi. L'un des gros défis de ce bouquin, c'est qu'on ignore si la personne qui raconte l'histoire est un homme ou une femme, et vu qu'en français, les adjectifs sont genrés, maintenir l'ambiguïté de la VO m'oblige à une certaine gymnastique grammaticale. Les éboueurs passent forcément le soir où il reste 1,12€ dans mon porte-monnaie - mais ils acceptent un chèque en échange d'un de leurs calendriers orné de vues peu inspirantes de Monpatelin. Que sont les chatons à ruban devenus? Nuit et déluge, once more, with feeling. En vue d'un entretien professionnel, Chouchou me demande par mail de choisir dans une liste les 5 adjectifs qui le définissent le mieux. Je n'arrive pas à descendre en-dessous de 6. Je demande: "J'ai gagné quoi?", il me répond: "Une Bisoubox contenant: un set de 10 bisous parfumés à la fleur d'oranger, un livret "Les bisous, qui sont-ils? Que veulent-ils? Quels sont leurs réseaux?", des bisous en poudre à diluer dans le chocolat chaud le matin, 3 bons d'achat à la Boutique du Bisou", et c'est moi qui fonds. D'humeur aventureuse, et n'ayant pas trouvé de gelée de groseilles au Carrefour Market de la place de l'église, je me risque à utiliser de la confiture de framboises pour tapisser le fond de ma tarte aux pommes. Puis je noie dans une mini-fondue Carrefour mon chagrin de n'avoir pas mis les pieds en Gruyérie de toute l'année (si ça se trouve, le temps que j'y retourne, je ne reconnaîtrai plus la famille Pops, ni les Shalbuline, ni même le lac Léman). Y'a un moment où il faut choisir entre être populaire et rester zen. Etant donné que je me moque d'être considérée comme désagréable par les gens qui m'insupportent, non, je n'ai pas l'intention de renoncer à ma politique Psychodrame Tolérance Zéro. Plusieurs épisodes de "Bref" à la suite, ça passe beaucoup moins bien qu'un marathon "Kaamelott". Tout l'appartement embaume le Mir Laine. Et si j'essayais de me coucher à une heure décente ce soir?

Ma première Renegade Craft Fair




La Renegade Craft Fair, c'est un marché de créateurs qui se tient chaque année dans plusieurs villes des USA (New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago et Austin), mais aussi à Londres, généralement fin novembre. En Grande-Bretagne, l'événement est sponsorisé par les magazines Mollie Makes et The Simple Things, ce qui donne une assez bonne idée du style des exposants. Pour le dark et le contestataire, on repassera: la Renegade Craft Fair, c'est le royaume des Twee, ces "nouveaux gentils" qui aiment les animaux des bois, les licornes et le rétro mignon. C'est à peine si j'ai repéré un ou deux stands qui osaient l'humour sarcastique. Cette homogénéité se retrouvait dans le public, essentiellement composé de jeunes femmes romantiques et de couples de hipsters. La salle grande et lumineuse, située dans le quartier en voie de gentrification de Spitalfields, offrait un cadre parfait à la manifestation: malgré la foule qui s'y massait dès la première heure d'ouverture, le samedi, on arrivait à circuler à peu près convenablement. 







Bien que j'aie vu beaucoup de jolies choses, j'ai limité mes emplettes à trois objets dont je souhaite vous recommander les créateurs. Commençons par les animaux gourmands que Jimbobart appose sur de la céramique, et que vous pouvez retrouver dans sa boutique Etsy. Sa vaisselle passe au lave-vaisselle et au micro-ondes, et j'étais un peu forcée de craquer sur une jolie assiette à dessert "Biscuit Bandit:




Mon deuxième coup de coeur a été pour Blank Inside, et notamment pour ce ravissant petit mug orné d'une machine à écrie vintage, qui me semblait parfait pour boire un chocolat chaud (le motif est également décliné sous forme de carnet et de cartes):




Enfin, comme un de mes sacs de shopping en papier s'était déchiré la veille, répandant son contenu sur le trottoir dans une flaque de pluie, j'ai pensé que ce serait bien d'investir dans un tote bag (à Bruxelles, j'en ai toujours un dans mon sac, mais j'avais oublié de l'emporter). Sur le stand de Hello Harriet, j'hésitais entre deux modèles: Chouchou m'a impérieusement désigné celui-ci en me disant "C'est tout toi". Euh, OK, alors. Dommage qu'on ne retrouve dans leur boutique Etsy qu'une petite partie des produits que j'ai admirés ce week-end (les tattoos temporaires lapins, en particulier, sont très choupinets). 




D'accès gratuit et très bien organisée (même si je déplore l'absence d'un stand de rafraîchissements), cette Renegade Craft Fair était une excellente occasion de découvrir de jeunes créateurs. Au final, le style uniformément gentillet manquait toutefois un peu de mordant à mon goût. Disons que je ne fais pas exactement partie du public-cible. Je ne retournerai pas à Londres exprès pour ça l'an prochain, mais si d'aventure je passe dans une ville où il y en a une, j'y ferai un tour avec plaisir.

mardi 25 novembre 2014

Le mardi où Titou me sauve de la noyade




Chouchou, qui part en rendez-vous professionnel de bonne heure ce matin, vient me faire des bisous alors que je suis encore tout ensommeillée. Avant de m'en aller, je compose vite fait un petit message sur la porte du buffet Ikea rouge avec des lettres magnétiques. 3 passages à la gare du Midi en 5 jours, je pense que c'est mon record personnel. Il me m'aura guère fallu que 26 ans de fréquentation des wagons-restaurant pour me rendre compte qu'en l'absence d'eau courante potable à bord d'un train, les serveurs préparent les boissons chaudes à la Cristalline. Suggestion de sport extrême: traverser un TGV bringuebalant avec un gobelet de thé bouillant à la main. La fin de "The Unnaturalists" me plaît beaucoup plus que le début et me donne envie d'acheter la suite. J'ai mal calculé mon coup - aux alentours de Valence, j'ai épuisé tout le matériau de lecture que j'avais emporté. Par chance, je retrouve au fin fond de mon iPad un numéro de Real Simple que je n'avais pas encore parcouru. A mi-chemin entre Marseille et Toulon, mon train s'arrête pendant une heure et demie pour cause de voies inondées et impraticables. Un pompier s'en prend violemment aux contrôleurs (qu'il imagine peut-être responsables des intempéries?). Je me dis que tant que j'arrive à choper le bus de 20h15, ma foi, ça ira. Nous arrivons à Toulon à 20h05; je cours sous la pluie avec ma grosse valise jusqu'au quai n°3... qui est désespérément vide, comme d'ailleurs le reste de la gare routière. Après vingt minutes d'attente vaine, je me décide à claquer les 40€ et quelques que coûte un taxi jusqu'à Monpatelin en tarif de nuit, mais aucun chauffeur ne veut m'emmener parce que les communes voisines sont sous les eaux, et que la mienne risque de l'être aussi. Certes, je pourrais passer la nuit à l'hôtel, mais je n'ai que des livres dans ma valise - pas de pyjama, pas d'affaires de toilette, pas de tenue de rechange pour demain... Mortifiée, je me résous à appeler Titou. Qui me dit tranquillement: "Je suis là dans dix minutes". Et qui me conduit chez moi en pleine nuit sous un déluge effrayant, me déposant devant ma porte malgré la barrière à l'entrée de l'avenue. Cet homme est un héros*. Ma voisine Solange, chez qui je passe chercher mon courrier, m'annonce que le couple de l'appartement d'à côté, qui s'occupait beaucoup d'elle en mon absence, vient de déménager. Je suis un peu inquiète, et j'espère que les nouveaux locataires seront serviables eux aussi. Ma mère, que j'ai tenue au courant de mes mésaventures, m'appelle une fois pour savoir si je suis bien arrivée à Monpatelin, puis une seconde fois un peu plus tard pour savoir si mon sauveur est bien rentré chez lui - ce doit être la première conversation sincèrement affectueuse que j'ai avec elle depuis des mois. Le risotto à la truffe blanche Picard manque nettement de cuisson (et ne vaudra de toute façon jamais celui de Chouchou). La météo prédit du mauvais temps pour les 48h à venir, mais je m'en fous: j'ai un chauffage qui fonctionne, une montagne de boulot, des kilos de thé en réserve et de sacrées bonnes fréquentations.

*(et un excellent photographe amateur dont vous pouvez admirer le travail ici)

Un afternoon tea au Milestone Hotel




Outre la Renegade Craft Fair qui était l'objet initial de notre déplacement à Londres (et dont je vous parlerai dans un autre article), j'avais très envie de faire l'expérience typiquement britannique de l'afternoon tea. L'Afternoon Tea Bus Tour me tentait pas mal, mais £45 pour un goûter même très bon et servi dans de la vaisselle kawai, je trouvais ça un peu abusé; de plus, comme je suis sujette au mal des transports, je n'étais pas sûre que ce soit une bonne idée de manger en roulant; enfin, je me disais que s'il faisait mauvais, la balade perdrait tout son intérêt. Au final, j'ai demandé à ma prof de yoga, qui a grandi à Londres, si elle avait un endroit "traditionnel mais pas guindé" à me recommander, et elle s'est spontanément écriée "The Milestone Hotel!". Un petit tour sur leur site internet, et j'ai aussitôt réservé pour vendredi 17h, le dernier service de la journée. 





Le jour venu, j'ai bien cru que jamais nous ne trouverions le Milestone Hotel. Il me semblait me souvenir que le site internet indiquait "200m sur la droite en sortant du métro", mais je n'ai rien osé dire et j'ai suivi le GPS de l'iPhone de Chouchou qui nous a baladés sous la pluie, dans le froid, l'obscurité et des rues désertes pendant trois quarts d'heure. Lorsque nous avons finalement déboulé dans le hall d'un hôtel très chic, haletants et trempés de sueur, nous avions une demi-heure de retard. Nous n'avions pas eu l'occasion de nous changer; Chouchou était en sweat Gap/jean/Dr Martens, alors que le dress code de l'établissement stipule qu'on doit être "elegantly dressed". J'ai cru que le serveur allait nous éconduire avec un petit reniflement hautain. Pas du tout, il nous a fait un grand sourire, a balayé mes excuses d'un aimable "no problem at all" et nous a conduits à une petite table dans le coin du fond, sans doute celle que j'aurais moi-même choisie si on m'avait laissé faire. De là, nous avions une excellente vue sur le reste de la salle; nous étions loin de la cheminée (de toute façon éteinte) mais près d'une jolie fenêtre encadrée de rideaux douillets, et surtout, nous étions assis à une table "à manger" plutôt qu'autour d'une table basse qui nous aurait obligés à nous mettre dans une position malcommode pour déguster notre goûter. Si j'étais venue avec un groupe de copines, je pense que j'aurais apprécié les canapés, mais là, pour un tête-à-tête d'amoureux, c'était parfait! 




Nous avons opté pour le "traditionnal tea" - ajouter une flûte de champagne, voire des fraises à la chantilly, ne m'aurait pas déplu, mais l'option de base représentait déjà un certain investissement... Parmi la carte des thés assez bien fournie, et pas seulement en thés noirs/anglais, Chouchou a pris un Darjeeling et moi une fleur de thé blanc au chrysanthème. (Plusieurs fois durant l'heure et demie suivante, les deux serveurs se sont relayés pour remettre de l'eau chaude dans nos théières, puis pour changer le thé après trois infusions.) 




Côté gourmandises: nous avons reçu pour deux un présentoir à gâteaux contenant douze finger sandwiches (des sandwiches au pain de mie, mais garnis d'ingrédients d'une super qualité, notamment un saumon dont Chouchou m'assure qu'il déchirait sa mémé poisson), une douzaine de mini-pâtisseries toutes différentes, aux saveurs recherchées et franchement sublimes (hélas, nous n'avons réussi à en manger que la moitié) et quatre scones (pas terribles, à ma grande déception) accompagnés d'une confiture de fruits rouges maison et d'une clotted cream tellement épaisse que la petite cuillère tenait à la verticale dedans. Le problème, c'est que j'ai calé assez vite et vraiment eu l'impression de gaspiller. Il est possible de demander une boîte pour emporter ce qui n'a pas été consommé sur place, et j'apprécie beaucoup l'initiative, mais ce n'est pas nécessairement pratique quand on est déjà chargé et qu'on loge dans une chambre d'hôtel sans frigo. Du coup, l'addition a eu un peu de mal à passer: à £36.50 par personne, plus le service, nous en avons tout de même eu pour environ 55€ chacun, un prix que je ne mets que rarement même dans un dîner au resto. Ca fait cher le goûter. 




Sauf que dans un afternoon tea en général, et dans celui du Milestone Hotel en particulier, on ne paye pas seulement le contenu de l'assiette, mais aussi le cadre, l'atmosphère et le service. Or, ces trois points étaient absolument irréprochables. La salle est élégante et douillette à la fois, avec des proportions qui font qu'on se sent presque "à la maison" - quand un feu brûle dans la cheminée au coeur de l'hiver, ce soit être le summum de la cosytude. L'atmosphère est chic mais définitivement pas coincée, et nous avons été enchantés par le service impeccable, prévenant sans aucune obséquiosité. Malgré nos tenues peu appropriées et les jouets que nous nous amusions à prendre en photo sur la table, nous avons été traités avec une amabilité souriante et sans faille. Non, l'afternoon tea au Milestone Hotel n'est pas bon marché (cela dit, il reste plus abordable que celui de beaucoup d'autres endroits!), mais je le recommanderais sans hésiter à quelqu'un qui souhaite faire cette expérience gourmande typiquement britannique, aussi bien en couple qu'en famille ou entre amies. 

1 Kensington Court
(oui, c'est bien à quelques centaines de mètres sur la droite en sortant du métro...)
London W8 5DL
Métro: High Kensington Street
Possibilité de réserver en ligne

lundi 24 novembre 2014

Le lundi où je suis entre deux trains et trois pays




Comme je sors des toilettes où mon système digestif vient de me signifier sans aucune ambiguïté qu'il n'a pas DU TOUT apprécié le grand n'importe quoi alimentaire de ces trois derniers jours, Chouchou m'annonce que les anciens locaux du Virgin des Champs-Elysées vont être repris par les Galeries Lafayette - j'ignore laquelle des deux nouvelles me fait le plus ch c'est nul. Préparatifs habituels avant mon départ pour Toulon demain: charger mon iPad et mon vieux Nokia, bourrer deux mètres cube d'affaires dans un bagage cabine, reporter dans mon carnet de sac les tâches à effectuer durant les dix jours à venir, remplir une caisse clic-clac avec le linge sale que Chouchou devra passer à la machine en mon absence. Pour faire mieux qu'en 2013, nous devrons trouver au moins 7 géocaches d'ici le 31 décembre (vraisemblablement, durant notre city trip de Nouvel An à Porto): challenge accepted! Je n'ai pas encore fini le magazine acheté à Londres et je viens déjà de m'y abonner pour un an malgré un prix au numéro pas négligeable frais de port compris - mais comment résister à des sommaires tels que "time travel/popcorn/lucky teeth" ou "gardeners/bad decisions/cocoa pops"? Diantre, le frigo est quasi-vide et je n'ai aucune envie de sortir faire des courses pour mon déjeuner. Tant pis, une mini-diète ne me tuera pas. Par contre, pour mon quatre heures, je vais faire péter le chocolat en poudre de luxe Whittard. La journée aura été courte mais ensoleillée, c'est toujours ça de pris. Note à moi-même: la courge qu'il n'y a pas besoin d'éplucher, c'est la butternut - pas le potimarron qui, au contraire, est une purge à dépiauter. "Je peux t'aider?" demande Chouchou avec un timing impeccable au moment où je referme le couvercle de la marmite sur les cubes oranges filandreux obtenus au péril de la vie de mes doigts. EmilySunny nous a croisés à Londres ce week-end (alors qu'on repartait de chez Camellia's) et n'a pas osé nous aborder: dommage! Plus je lis de tweets de gens que le bouquin d'Amanda Palmer a fait fondre en larmes au bout de 10 pages, plus je me dis que ça va être beaucoup trop touchy-feely pour moi et que le côté "émotions à vif" va me faire bloquer sur un message que j'imagine pourtant très intéressant. Comme d'habitude, je n'ai pas envie de partir en laissant Chouchou, mais comme d'habitude, je sais qu'une fois à Toulon, j'apprécierai ma solitude provisoire.

Oh Comely, magazine au charme étrange et discret




Bien que j'aie cessé d'acheter de la presse féminine classique, je continue à beaucoup aimer l'objet magazine et à rechercher sans cesse de nouveaux titres susceptibles de m'intéresser. Durant ce week-end à Londres, je suis tombée sur une couverture dans les tons verts dont l'accroche ultra-sobre m'a interpelée: "Time travel/Popcorn/Lucky Teeth". Il ne m'en a pas fallu davantage pour embarquer le numéro 22 d'Oh Comely. A l'intérieur, j'ai découvert une maquette dépouillée et des illustrations minimalistes, beaucoup moins colorées que ce qui m'attire d'ordinaire. Mais j'ai tout de suite été séduite par le concept original qu'avait choisi l'équipe de rédaction: explorer diverses facettes du nombre 22. Ainsi, on peut lire l'interview d'une mathématicienne sur le sujet, des portraits de gens qui habitent au numéro 22 de leur rue ou se connaissent depuis 22 ans, le récit d'une expérience culinaire consistant à composer un repas à partir du numéro 22 des menus de plusieurs restaurants asiatiques... Très éloigné du pseudo-glamour de la presse féminine classique, le magazine ne cherche pas à vendre de fringues ou de cosmétiques (il n'y a d'ailleurs que 2 ou 3 pages de publicité réservées à de petits créateurs) et ne promeut aucun stéréotype de genre. Il ne milite pas non plus contre quoi que ce soit: il se contente de s'intéresser à des sujets aussi décalés qu'anodins, sans importance réelle mais non dénués d'intérêt humain et souvent riches en poésie. Sa fantaisie n'est pas visuelle mais intellectuelle. Bizarro-contemplatif, il devrait beaucoup plaire aux fans de Miranda July. En tout cas, il a suffisamment excité ma curiosité pour que je m'abonne aussitôt. Si jamais vous voulez en faire autant, vous pouvez obtenir une réduction de £2 en passant par ce lien. Besoin d'un peu plus que cet article pour vous faire une opinion? Oh Comely tient aussi un très chouette blog (dans lequel, curieusement, on retrouve beaucoup plus de rubriques "classiques" que dans le magazine lui-même). 









dimanche 23 novembre 2014

Le dimanche londonien qu'on consacre à des activités vaguement culturelles




Plaisir largement sous-estimé: traîner au lit, blottis l'un contre l'autre sous une couette douillette, pendant que la pluie tambourine à la vitre d'une chambre d'hôtel spartiate et que dehors, le ciel n'a même plus de couleur. C'est l'effet magique "Bisou Pixie". Puisque la météo nous fait la tronche, exceptionnellement, je vais mettre du sirop d'érable sur les pancakes de mon all-american breakfast. "That was quick", constate la serveuse en récupérant nos assiettes vides - elle nous a pris pour des mangeurs amateurs ou quoi? Je bénis le génie qui a eu la bonne idée de faire sortir les souterrains de la station South Kensington directement dans le musée Victoria & Albert. Quand Chouchou m'a dit qu'il voulait voir une expo intitulée "Disobedient objects", j'ai imaginé un truc un peu délirant à base d'objets du quotidien qui pètent les plombs et font le contraire de ce qu'on attend d'eux. En réalité, le thème est celui de la protestation sociale et de ses instruments physiques - les objets de la désobéissance plutôt que les objets désobéissants, donc, ne peut s'empêcher de critiquer la traductrice en moi. La carte qui matérialise à l'aide de points lumineux l'évolution des foyers de soulèvement dans le monde depuis les années 70 (à l'époque: une douzaine chaque mois; aujourd'hui: toute la planète brille comme un sapin de Noël) glace le sang et donne espoir en même temps. Face à la pire des oppressions, les gens finissent toujours par trouver un moyen de se rebeller, quel que soit le prix à payer. Et certains de ces moyens sont extrêmement imaginatifs, voire étonnamment poétiques. Par contre, j'ai besoin de théine en urgence pour chasser un vilain début de migraine. A la cafétéria prise d'assaut, on me sert un thé bouillant et trop infusé. Du moins les gobelets à emporter sont-ils ravissants (bien que tout à fait inutiles, puisqu'il est interdit de sortir de la salle avec). Il nous reste deux heures à tuer, et le musée d'histoire naturelle voisin nous tente avec son aile consacrée aux dinosaures. Longue file d'attente dans le froid et sous une pluie battante: il faut vraiment être motivés. Et prêts à affronter l'armada des parents munis de poussettes grosses comme des chariots de supermarché, avec lesquelles ils n'ont aucun scrupule à défoncer les chevilles des gens qui se trouvent devant eux. J'en balancerais bien quelques-uns au T-Rex, pour l'exemple. Obligés de finir la visite au pas de course, mais de toute façon, la salle de la baleine bleue est trop chargée et pas vraiment photogénique. Le Wasabi local est bondé: tant pis, repassons à l'hostel chercher nos bagages et mettons directement le cap sur King's Cross/St. Pancras: nous mangerons là-bas. Le rayon bouffe à emporter de M&S rivalise très bien avec un Exki - je dois juste me retenir d'embarquer des shortbreads et des scones en plus de notre repas du soir. Mes boots de moto qui avaient franchi le portique de sécurité sans problème à l'aller le font sonner au retour: pourquoi? Aller me ravitailler en lecture chez W.H. Smith en laissant Chouchou installé sur un banc avec les bagages; à mon retour, le banc est vide, et je fais trois fois le tour du terminal en proie à une panique grandissante jusqu'à ce que je retrouve Chouchou posé un peu plus loin sur un siège plus confortable qui s'est libéré entretemps. Je vais être contente de dormir dans mon propre lit ce soir.