dimanche 19 février 2012

Le Higuma



A Paris, le quartier de l'Opéra en général et la rue Sainte-Anne en particulier sont connus pour abriter un très grand nombre de restaurants japonais, dont la qualité va du plus bof au carrément délicieux. J'en ai testé pas mal au fil des ans, mais je reviens toujours à la même "cantine": le Higuma. Ici, pas de sushi, de maki ou de sashimi, et pas non plus de brochettes, mais essentiellement des plats à base de ramen ou issus de la grande famille des donburi (un grand bol de riz surmonté d'un mélange viande-oignons-omelettes). On peut manger au comptoir si on ne craint pas la fumée et qu'on a envie d'admirer les cuisiniers à l'oeuvre, ou aux tables d'une des trois salles en enfilade. Service peu souriant mais rapide. Prix parfaitement ridicules: 11€ pour un menu donburi avec salade, soupe miso et pickles, et portions franchement copieuses (je n'ai jamais réussi à terminer ce que j'avais commandé). Bref, pour les amateurs de cuisine japonaise basique, une bonne adresse où manger rapidement, sans chichis et sans se saigner aux quatre veines.



Higuma
32 bis, rue Sainte-Anne
75001 PARIS
Métro Pyramides (ligne 7)

samedi 18 février 2012

"La colline aux coquelicots"


1963. Umi vit au sommet d'une colline qui surplombe le port de Yokohama. Elle habite dans un ancien hôpital avec sa soeur cadette, son petit frère, sa grand-mère et trois pensionnaires qui leur permettent d'arrondir leurs fins de mois. Son père, capitaine de navire ravitailleur, est mort pendant la guerre de Corée. Tous les matins, Umi continue à hisser les drapeaux censés le ramener chez lui sain et sauf. Le reste du temps, elle est très occupée à tenir la maisonnée et à suivre des cours au lycée local. Quand elle tombe amoureuse de Shun et entreprend de l'aider dans sa croisade pour sauver le foyer étudiant menacé de démolition, elle est loin de se douter qu'un obstacle infranchissable va bientôt se dresser entre eux...

Pour une fois dans un film du studio Ghibli, il n'est pas question d'enjeux écologiques majeurs, de puissances mystiques ou de créatures légendaires. Dans "La colline aux coquelicots", on n'aperçoit pas même le manche d'un balai volant. Il y a juste des décors presque immobiles mais troublants de beauté paisible, des personnages à l'animation rudimentaire et pourtant bien plus touchants que tous les animaux anthropomorphisés du monde. Il y a du talent, de la poésie et de l'émotion, toutes choses qu'aucun monstrueux budget de 3D ne parviendra jamais à acheter. Il y a tout simplement la magie Miyazaki à l'oeuvre, et le monde extérieur qui s'efface le temps d'une séance de cinéma. C'est beau, un point c'est tout.

Le Club Des 5



Chose promise, chose due. Aujourd'hui, je vous parle du second resto des créateurs des Fils A Maman: Le Club Des 5. Cette fois, c'est dans une ambiance années 80 délicieusement régressive que nous nous retrouvons plongé, avec une déco à base de vieux jouets (rhââââ, ce Goldorak géant qui fait baver Chouchou, et cette fusée sur laquelle il fantasme pendant tout notre repas!) et de livres d'époque tels que Bibliothèques Rose et Verte ou albums de Martine. Les banquettes en skaï rouge sont d'un confort absolu et donnent envie de s'y attarder longuement.



L'accueil est tout à fait charmant cette fois. Par contre, comme nous tombons la veille du changement de carte, le choix de plats est assez restreint. Ca fait déjà plusieurs minutes que nous lorgnons sur les cheeseburgers de la table voisine; nous en commandons donc deux, "saignants s'il vous plaît". La recette est des plus classiques, mais exécutée avec de très bons produits: un bun pas trop sucré et qui ne s'émiette pas entre les mains, un steak épais et juteux, une tomate un peu pâlotte (mais pas de saison, donc on lui pardonne), une feuille de laitue croquante et quelques tranches d'oignons rouges tout pareils. Frites très fines et délicieuses. Dommage pour la mayonnaise en tube: ce burger méritait une préparation maison.



Chouchou, qui se dit calé (mais que lui arrive-t-il?), en restera là. Quant à moi, parmi toute une liste de desserts régressifs à base de Carambar, de Petit-Lu ou de Nutella, je choisis une crème brûlée aux oursons. Elle est très bonne, même si la petite figurine en guimauve posée sur le dessus n'apporte pas grand-chose de mon point de vue.

Avant de partir, je fais un tour aux toilettes entièrement tapissées de photos des créateurs et de leurs potes en train de délirer. Le concept est très sympa, et j'aime aussi le mur garni de distributeurs de papier: l'assurance de ne jamais tomber en panne!



Au final, nos deux burgers plus un dessert, un verre de vin et une eau pétillante nous reviennent 36€. Encore une fois, c'est très correct pour la qualité de ce que nous avons mangé et du décor dans lequel nous l'avons mangé. J'avais beaucoup aimé Les Fils A Maman, mais je préfère encore Le Club Des Cinq. Même s'il n'est pas situé dans un quartier très sexy, j'y reviendrai sûrement lors d'un prochain séjour parisien, peut-être pour un brunch!

Le Club Des Cinq
57, rue des Batignolles
75017 PARIS
Tel: 01 53 04 94 73
Métro Rome (ligne 2)
Ouvert tous les jours sauf le lundi midi
Brunch le samedi et le dimanche

vendredi 17 février 2012

A change of attitude


J'ai réussi à éliminer, ces derniers mois, pas mal des problèmes personnels qui me pourrissaient le quotidien. Il en reste encore un, et de taille. Chaque fois qu'un grain de sable vient se coincer dans l'engrenage de mes tractations avec le reste du monde, je vois rouge. Ma tension monte en flèche et je me mets à trembler d'énervement. Je commence à imaginer le scénario le plus catastrophique; j'écume de rage contre la personne qui a mal fait son boulot ou l'organisation débile du service incriminé; je me lance aussitôt dans la rédaction de mails furieux et frôle l'infarctus si je ne reçois pas une réponse tranquillisante dans la minute qui suit. Et bien entendu, je n'en dors pas la nuit d'après.

Or, des incidents de ce genre, il s'en produit en moyenne deux ou trois par semaine. Dans les quelques jours qui ont précédé mon départ pour Paris, j'ai ainsi déploré:
- Un colis en souffrance à la Poste de Monpatelin, et qui va repartir à l'expéditeur avant que je puisse aller le chercher parce que 1/la livraison est survenue légèrement en retard, donc après la fin de mon dernier séjour dans le Sud de la France 2/pour une raison inconnue, le facteur n'a pas déposé le colis en question dans ma (grande) boîte comme je l'escomptais.
- Des billets de concert que je risque de ne pas pouvoir retirer à la Fnac parce que je les ai réglés avec mon ancienne carte Visa (celle que j'ai dû faire remplacer suite à un piratage) et que le mail de confirmation stipule bien que les places seront délivrées uniquement sur présentation physique du moyen de paiement.
- Des opérations imputées à tort sur mon compte bancaire professionnel, qui ne peuvent pas être transférées sur mon compte personnel et qui vont foutre le bordel dans ma comptabilité.
- Un billet de train Toulouse-Paris dont j'ai effacé par erreur le mail de confirmation et qui, suite à un remaniement obligatoire des comptes clients sur le site de la SNCF, a disparu de mes archives
- Un achat payé avec la carte Galeries Lafayette, que j'avais demandé à régler immédiatement en une seule fois, m'a été débité en trois fois avec prélèvement de frais de crédit plutôt maousse. J'ai envoyé un mail furibard à Cofinoga, qui a accusé réception en me promettant de me répondre très vite et ne l'a bien sûr jamais fait.

Or (bis), il se trouve que même si je suis quelqu'un de très méticuleux qui ne commet JAMAIS commet rarement des bourdes dans un cadre professionnel, une erreur humaine reste toujours possible, pour un tas de raisons dont certaines sont parfaitement recevables. Et j'aurai beau écumer et vitupérer, je ne viendrai pas toute seule à bout des dysfonctionnements du service public ou des organismes privés. Donc, je me mets dans tous mes états pour rien. Pire, dans la plupart des cas, mon emportement doit se révéler contre-productif, car il me semble qu'on obtient plus facilement la résolution d'un problème en demandant gentiment (au début, tout du moins).

Par ailleurs, rétrospectivement, je me rends compte qu'environ la moitié de ces incidents possèdent une solution assez facile à mettre en oeuvre, et que la quasi-totalité de l'autre moitié se soldera, au pire, par une perte financière modeste ou un dérangement somme toute minime.
- Aussi incroyable que ça puisse paraître quand on a souvent affaire à eux, la SNCF possède un service de recherche des billets imprimables et a pu me renvoyer un lien vers le mien sous 3 jours environ.
- Mes places de concert pourront être récupérées sur présentation d'une attestation de ma banque stipulant que j'étais bien la propriétaire de la carte Visa détruite.
- Le problème de comptabilité se résume à une demi-douzaine d'écritures supplémentaires; c'est pas la mort.
- Mon paquet va repartir à l'envoyeur, certes. J'en serai quitte pour repayer 5,50€ de frais de port et l'attendre plus longtemps que prévu. C'est agaçant parce que ce n'est pas ma faute, mais il n'y a pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon.
- Pour Cofinoga, s'ils ont décidé de faire la sourde oreille, je n'aurai pas gain de cause de toute façon. Je vais faire une croix sur les 10€ de frais de crédit qu'ils m'ont prélevés de manière abusive, résilier ma carte et ne plus jamais traiter avec eux.

Conclusion? Je dois changer d'attitude, parce que mon comportement actuel ne résoud rien et ne sert qu'à me pourrir la vie (et celle de Choucou, accessoirement). Cesser de penser que "ce genre d'incident, ça ne devrait pas arriver". Me mettre en tête, même pas que "ce genre d'incident, ça peut arriver", mais que "ce genre d'incident, ça arrive tout le temps", histoire de ne pas partir dans un trip Caliméro à chaque fois. Faire ce que je peux pour résoudre calmement le problème, et s'il s'avère qu'il n'existe pas de solution, laisser filer au lieu de m'acharner dessus comme un chien sur un os à ronger, en rouspétant que je suis victime de l'incompétence ou du je-m'en-foutisme général de mes contemporains. Je suis sûre que ça va beaucoup m'améliorer la vie (et celle de Choucou, accessoirement).

Illustration empruntée à ce blog.

Les Fils A Maman


Les Fils A Maman, c'est le premier des 5 restos à thème ouverts par une bande de 4 potes trentenaires, amoureux de bonne bouffe et d'ambiances chaleureuses. Après avoir traversé une petite terrasse en retrait de la rue, où il doit faire bon dîner aux beaux jours, on pénètre dans une salle décorée façon bistrot années 60-70. L'accueil est, je dirais, typiquement parisien: assez désinvolte bien que pas désagréable. Mais dès le menu ouvert, on l'oublie bien vite. C'est simple: moi qui suis relativement difficile quand je mange au resto, j'avais envie de TOUT. Et Dieu sait qu'il y avait le choix, entre une carte très bien fournie (présentée façon cahier d'écolier, avec de petites remarques amusantes sur certains plats) et une ardoise proposant différents plats du jour.



Renonçant à commander une des entrées pourtant originales et appétissantes, de crainte de ne plus avoir faim pour le dessert, j'ai réclamé un carré d'agneau au jus d'agrumes tandis que Chouchou optait pour le cordon bleu au magret de canard. Le service a été un tout petit peu long, mais rien de dramatique. Ma viande était idéalement cuite et bien croustillante sur l'extérieur, même si j'aurais aimé un goût d'agrumes plus prononcé. Chouchou s'est régalé lui aussi, déplorant juste une escalope presque trop généreuse.





En dessert, j'ai pris des madeleines maison avec leur compote pomme-poire, qui est arrivée dans un bocal accompagnée de quelques groseilles, d'une tranche de carambole et d'un Mikado. Tout était absolument délicieux. Chouchou a préféré une Tatin décorée comme une oeuvre d'art. Il l'a trouvée très belle, mais a déclaré qu'il aurait préféré la classique boule de glace à la vanille plutôt que de la pistache, et que la tarte elle-même était un poil trop maousse à son goût.





En accompagnement, nous avons bu du rouge de la cuvée des "Fils A Maman", un Bordeaux honnête. Et l'addition nous a été apportée avec un énorme bocal de sucreries genre fraises Tagada et bouteilles de Coca - attention que nous avons trouvée charmante même si nous étions plus que calés à ce stade. Deux plats, deux desserts, deux verres de vin: 58€. C'était franchement correct pour ce que nous avions mangé et pour le soin apporté au cadre comme aux détails du service. Une adresse à découvrir. Dès demain, je vous parle du deuxième resto de la bande des Fils à Maman. En attendant, allez donc jeter un coup d'oeil à leur site pour vous mettre l'eau à la bouche...

Les Fils A Maman
7 bis, rue Geoffroy Marie
75009 PARIS
Tel: 01 48 24 59 39

jeudi 16 février 2012

"Sempé: un peu de Paris et d'ailleurs"


Lorsque je préparais nos trois jours en amoureux à Paris, j'ai cherché des expos sympas qui pourraient nous intéresser tous les deux... et rien trouvé, à part celle sur Sempé qui se terminait la veille de notre arrivée. Comme nous aimons beaucoup ce dessinateur, j'étais assez déçue. Puis, mardi alors que nous cherchions une géocache près de l'hôtel de ville, nous avons vu les affiches qui annonçaient: "Expo prolongée jusqu'au 31 mars". J'en ai poussé des piaillements de bonheur. Le temps de nous loguer et nous foncions vers l'entrée de la rue Lobau.



Comme beaucoup d'enfants des années 70, j'ai découvert Sempé grâce à ses illustrations des aventures du Petit Nicolas, le célèbre chenapan imaginé par Goscinny. Plus tard, j'ai savouré ses dessins d'humour caractérisés par un petit côté désuet, un sens de l'observation pointu et une profonde tendresse, y compris pour des personnages en apparence fats et ridicules. Le rire provoqué par Sempé n'est jamais méchant, et l'émotion pointe souvent le bout du nez dans son travail. Admirez la façon dont, avec des traits si épurés et une quasi absence de décor, il exprime une sollicitude infinie:



L'exposition de l'hôtel de ville rassemble plus de 300 originaux, dont beaucoup d'inédits. On y retrouve tous les personnages qui ont fait le succès de Sempé, des plus connus aux plus obscurs (je ne me souvenais franchement ni de Raoul Taburin le réparateur de vélo qui ne sait pas monter à vélo, ni de Catherine Certitude la petite ballerine myope), mais aussi les couvertures qu'il a réalisées pour le magazine d'art The New Yorker. Les oeuvres sont présentées dans une salle très spacieuse et bien éclairée; c'est un bonheur de déambuler dans les allées en écoutant glousser les autres visiteurs et en songeant avec gourmandise qu'il reste encore plein d'autres dessins à découvrir.



A la sortie, une librairie temporaire permet de compléter (ou de démarrer) sa collection de livres de Sempé, soit avec des grands formats à couverture cartonnée qui coûtent dans les 30 ou 35€, soit avec des rééditions en poche à moins de 6€ pièce. Limitée par la place dans mes bagages et ma bibliothèque, j'ai opté pour la seconde version de "Saint-Tropez" et d'"Ames soeurs" (particulièrement appropriées en ce jour de Saint-Valentin). Chouchou, de son côté, s'est offert le catalogue de l'exposition. Nous sommes ressortis enchantés du long moment passé dans l'univers de cet artiste si délicat.



Exposition "Sempé: un peu de Paris et d'ailleurs"
Hôtel de ville, 75004 PARIS
Ouvert tous les jours de 10h à 19h, sauf dimanche et jours fériés
Entrée gratuite

"La liste de mes envies"


Le mot "liste" dans le titre. La photo des bobines de fil sur le bandeau. La mention "...a déjà séduit les éditeurs du monde entier". Forcément, j'étais obligée de m'offrir ce petit roman de Grégoire Delacourt.

Jocelyne Guerbette, 47 ans, tient une mercerie à Arras. Elle est mariée à Jocelyn, un homme un peu rustre mais dont elle reste très amoureuse malgré le drame qui a marqué leur couple: la perte d'une petite fille mort-née. Leurs deux autres enfants sont grands; ils ont quitté la maison et ne donnent guère plus de nouvelles. Jocelyne tient un blog qui marche très fort, est copine avec les jumelles du salon de coiffure/esthétique voisin, et s'occupe de son père dont la mémoire s'est trouvée réduite à six pauvres minutes suite à un AVC. Elle mène une vie que d'aucuns pourraient trouver ennuyeuse, mais qui suffit à la contenter. C'est une adepte des petits bonheurs, peu exigeante et sans envies extravagantes. Alors, quand elle gagne plus de 18 millions d'euros au loto, elle se demande si elle n'a pas tout à perdre en encaissant le chèque de la Française des Jeux...

Oserai-je le dire? Malgré un thème séduisant, quelques passages touchants et deux-trois réflexions très bien vues sur l'argent qui ne peut pas tout acheter, je me suis ennuyée en lisant "La liste de mes envies". Son style simple et parlé cherche sans doute à retranscrire l'humilité de l'héroïne; je l'ai juste trouvé pauvre. Son histoire se veut remuante; elle m'a semblé prévisible et convenue (à part peut-être pour la fin). Un livre pas totalement à jeter, mais une déception quand même.

mercredi 15 février 2012

"Furari"


Quoi de mieux que le dernier Jiro Taniguchi pour tuer une heure tout en dégustant un afternoon tea, après trois jours passés à battre le pavé parisien? Cette fois, le maître nous refait son "Promeneur Solitaire" version fin du XVIIIème, à une époque où la capitale impériale du Japon s'appelle encore Edo. Son héros, un homme d'affaires fraîchement retraité, est passionné par la cartographie. Il compte ses pas chaque fois qu'il déambule dans les rues de sa ville, et songe à entreprendre une longue expédition pour assortir une mesure à la notion de degré. S'il se passionne pour une science naissante, c'est aussi un doux rêveur qui aime se projeter dans le corps d'un chat, d'une tortue, d'une libellule ou même d'une fourmi, afin de voir le monde à travers leurs yeux. Comme tous les personnages de l'auteur, ce contemplatif a un don pour savourer la moindre rencontre et la plus minuscule des choses qui l'entourent. "Furari" est un Taniguchi sans surprise, pas celui que je préfère mais néanmoins tout à fait digne d'intérêt.