samedi 11 juillet 2009

Panique à bord

C'est assez spectaculaire, une attaque de panique.

Il suffit d'un détail insignifiant en apparence pour que les pensées noires qui tournent en tâche de fond dans votre cerveau depuis des semaines, voire des mois, échappent à tout contrôle, toute tentative de vous concentrer sur autre chose afin de maintenir une illusion de normalité. Et vous voilà happé dans une spirale infernale. Votre coeur s'emballe; un étau vous comprime la poitrine; vous suffoquez; vous êtes pris de tremblements irrépressibles et vous avez l'impression atroce que vous êtes en train de mourir.

Tout a commencé le 2 mars de l'an dernier, quand mon amie Brigitte est décédée des suites d'une longue maladie, comme on dit pudiquement. Et que j'ai soudain pris conscience de ma propre mortalité. Jusque là, je me sentais passablement invulnérable. J'avais une attitude assez désinvolte envers les questions de santé, persuadée que de nos jours la médecine venait à bout de tout ou presque. Ma seule vraie inquiétude, c'était au contraire de vivre trop vieille et de traîner lamentablement la fin de mon existence gâteuse dans une sordide maison de retraite.

Et puis tout a basculé dans l'autre sens. Désormais, au moindre petit bobo, à la moindre sensation étrange, j'imaginais un crabe en train de me ronger de l'intérieur. Je me voyais déjà sur un lit d'hôpital, réduite à l'état de pauvre loque incapable de subvenir seule aux plus basiques de mes besoins, entièrement dépendante de la bonne volonté d'autrui, n'ayant plus aucun contrôle sur ma propre vie. Le soir dans mon lit, alors que le sommeil tardait à venir, je mettais en scène mon enterrement et je pleurais en silence pour ne pas réveiller Chouchou.

Ca a duré un an, avec des périodes très difficiles et d'autres où j'avais l'impression de reprendre le dessus. Puis en avril, lors de ma visite de contrôle annuelle, j'ai interrogé ma gynéco sur les conséquences potentielles de mon endométriose. Elle m'a dit que cette maladie augmentait mes risques de développer un cancer des ovaires ou de l'endomètre. J'ai demandé comment on pouvait dépister ceux-ci. "On ne peut pas avant de commencer à ressentir de violentes douleurs abdominales dans le cas du premier, ou d'avoir des saignements anormaux dans le cas du second. A ce stade-là, il est souvent déjà trop tard, et le taux de survie à 5 ans est de moins de 20%". (Sa réponse était moins brutale; je résume.)

Depuis, mon esprit s'est transformé en royaume cauchemardesque. Dans ma vision du monde totalement déformée, tout n'est qu'agression latente et catastrophe potentielle. J'entends le tic-tac d'un compte à rebours et je ne sais pas combien de temps il lui reste à égrener. La réalité m'apparaît comme une illusion trompeuse, un voile derrière lequel tous les gens que je croise sont sont des monstres hideux animés par la seule volonté de nuire, tous les objets des pièges mortels en puissance. Je ne prends plus l'avion que quand je ne peux pas faire autrement; je n'ose plus me promener seule après la tombée de la nuit; je supporte de moins en moins la foule et les espaces confinés.

Mercredi soir, quand je suis arrivée chez moi et que j'ai réalisé qu'il y avait probablement des termites dans ma charpente, j'ai aussitôt eu l'impression de voir à travers les murs et à l'intérieur des poutres un grouillement de millions d'insectes qui rongeaient ma maison, mon sanctuaire, mon exosquelette comme un cancer rongerait mon corps. J'ai traîné le matelas de mon canapé convertible dans mon bureau et je me suis recroquevillée dessus le pouls battant dans les tympans et le coeur dans la gorge. A deux heures du matin, j'ai fait une première attaque de panique. A cinq heures du matin, une autre. A cinq heures vingt, dans tous mes états, j'ai appelé Chouchou à Bruxelles pour qu'il me parle et que sa voix me ramène à la réalité. Et à neuf heures, j'ai contacté mon généraliste pour qu'il passe chez moi dans la matinée.

J'avais honte de le faire venir pour quelque chose qui me semblait aussi ridicule. Rationnellement, je sais que le cancer n'est pas une maladie contagieuse, que ce n'est pas parce qu'une de mes amies en est morte que cela va m'arriver aussi, que le cancer des ovaires spécifiquement n'est pas hyper répandu et que même en ayant plus de "chances" que la moyenne d'en développer un, les statistiques restent largement de mon côté. Tout comme je sais qu'il existe des traitements contre les xylophages, que les charpentes abîmées se réparent et que les travaux ne seraient pas à ma charge seule mais à celle de toute la copropriété. J'ai conscience aussi que l'inquiétude n'empêche pas les choses négatives de survenir et les gens d'en souffrir: elle empêche juste de profiter de la vie un maximum pendant qu'on peut. Mais ces derniers temps, et surtout la nuit quand je n'ai rien d'autre avec quoi m'occuper l'esprit, ma raison n'a plus voix au chapitre.

Je me trouve pathétique de me mettre dans des états pareils pour rien, pitoyable de ne pas réussir à contrôler mes propres pensées, moi qui aime me vanter d'avoir une volonté capable de venir à bout de tout ou presque. J'ai toujours regardé avec une certaine condescendance les gens qui recouraient aux anti-dépresseurs ou aux services d'un psy. La vie a toutes sortes de façons de vous enseigner l'humilité. Depuis mercredi matin, je suis sous Deroxat et Xanax. Et carrément détendue du shorty, pour le coup. Attendu que ces médocs ne soignent que les symptômes et pas la cause profonde, je n'ai pas l'intention de les prendre plus longtemps que nécessaire. Dès mon retour de vacances, j'entamerai une thérapie comportementale. Je n'y crois pas vraiment mais je n'ai pas d'autre solution à proposer, et je ne me sens plus la force de continuer comme ça.

jeudi 9 juillet 2009

Leonard Cohen à Bercy



Avant-hier soir, à Bercy, la majesté de Leonard Cohen, la voix d'ange de Sharon Robinson, la virtuosité de Javier Mas et des autres musiciens n'ont pas réussi à déchirer le voile noir sous lequel je me débats et suffoque depuis des mois.

Soldes d'été 2009: Oops, I did it again in Paris

Mardi, le Thalys m'a déposée gare du Nord à 11h. Le temps de déposer mes bagages à l'hôtel tout proche où j'avais réservé une chambre pour la nuit et de faire quelques stations sur la ligne 7, j'étais déjà boulevard Haussman. Où, heureuse surprise, les grands magasins étaient quasi déserts. Pour une fois, ce n'est pas au Printemps mais aux Galeries Lafayette que m'ont portée mes spartiates argentées. Je n'aime pas ce magasin que, sa sublime coupole mise à part, je trouve moche, sombre et mal agencé, mais c'est le seul qui possède un stand Hoss Intropia et où j'avais donc une chance de trouver ma fameuse jupe. Au final, ils n'avaient que le top assorti. Ce qui ne m'a pas empêchée de leur acheter une mignonne robe gris clair de mi-saison. Et d'embarquer encore une jupe en soie grise au stand Noa Noa voisin (si ça continue, je vais prendre des actions dans la société).



Après ça, j'ai fait encore quelques emplettes:
- trois gobelets en céramique pour ranger mes crayons et deux boîtes Yves Blayo (couture et gants) chez Igloo
- un nouveau tube de Washing et un flacon de lotion bleue chez Menard
- quelques comics chez mon dealer habituel et bien-aimé, Arkham
- un parapluie chez un sympathique et anonyme marchand du Bd Leclerc, pour parer à l'averse subite qui venait de ruiner mes spartiates argentées et mon brushing que je m'étais pas fait le matin
- une deuxième paire de spartiates, marron clair cette fois, chez Texto
- quelques fournitures de scrap au Temple éponyme
- un coffret à bijoux en PVC transparent et divers petits brols chez Muji.
...Rien de tout ça n'était soldé, évidemment.

Le meilleur moment de cette journée shopping aura tout de même été les 90 minutes passées chez Starbucks avec Eve-O-Lution devant un Chocolat Viennois signature et une part de cheesecake chcolat blanc/framboise pour moi, un Caramel Macchiato et un bout de carrot cake pour elle. En principe j'aime pas les gens que je connais pas (ou peu), mais pour elle je veux bien faire une exception.

Télégramme d'outre-nuit

En montant me coucher, ai réalisé que mon lit était également couvert de terre et d'insectes morts. [Stop] En y regardant de plus près, ai réalisé que la terre était plutôt de la sciure de bois et que les insectes morts ressemblaient fâcheusement à des termites. [Stop] A deux heures du matin, ai laissé message paniqué sur le répondeur du syndic pour demander qu'il m'envoie un expert AU PLUS VITE (oui, l'ai dit en majuscules). [Stop] Puis ai effectué recherches peu rassurantes sur internet: "Souvent, les signes de l'infestation ne deviennent pas visibles avant qu'il soit trop tard et que toute la structure soit irrémédiablement fragilisée". [Stop] Maintenant, n'arrive pas à dormir pour cause visions de plafond s'écroulant sur ma tête pendant mon sommeil. [Stop] Vais devoir descendre mon matelas depuis la mezzanine jusque dans mon bureau, seule pièce de l'appart qui ne soit pas directement sous les toits. [Stop] Jusqu'ici, mois de juillet craint un max. [Stop]

mercredi 8 juillet 2009

Home sweet home

Rien de tel que débarquer d'un TGV chargée comme un mulet, sous le soleil de plomb, pour voir démarrer le bus qui dessert Sonpatelin et ne passe qu'une fois par heure; rien de tel que tambouriner désespérément à sa porte pendant qu'il est arrêté à un feu rouge et voir le chauffeur secouer obstinément la tête; rien de tel que courir sur 500 m avec tous ses bagages (et un blouson en jean faisant office d'étuve) pour le rattraper à la sortie de la boucle qu'il décrit;

Rien de tel qu'arriver chez soi épuisée, trois quarts d'heure plus tard, et trouver une pluie de terre sur le dossier de son canapé, le sol de son salon jonché d'insectes morts et un début d'infiltration sous la toiture de son duplex; rien de tel qu'appeler le syndic pour qu'il s'occupe du problème et s'entendre répondre qu'il est en vacances;

Rien de tel que se dire qu'on va sans doute être obligée de prolonger son séjour et de racheter un deuxième billet de train pour Bruxelles en pleine période de pointe pour réaliser que l'angoisse qu'on se trimballe comme un linceul étouffant depuis des semaines a au moins un côté positif: elle permet de se foutre des petits soucis matériels.

Ce que j'ai consommé en une journée

Je suis en train de lire "How to be an explorer of the world". Dans ce livre, Keri Smith - une de ces "artistes du quotidien" que j'affectionne tant - propose une série d'expériences visant à approfondir et à élargir la façon dont nous appréhendons le monde qui nous entoure. La n°15, "faire une liste de tout ce que vous consommez en 24 heures", m'a particulièrement interpelée. Avant-hier lundi 6 juillet 2009, un jour de semaine ordinaire où je travaillais et ne suis pas sortie de chez moi, j'ai donc consommé les choses suivantes:

- De l'eau: l'équivalent de 8 tirages de chasse, 1 douche de 5 minutes, 3 brossages de dents, 3 lavages de mains, 1 vaisselle à la main et une à la machine
- De l'électricité: de quoi alimenter un ordinateur portable, quelques ampoules, le lave-vaisselle, le micro-ondes, la télé et le lecteur de DVD pendant 1h30, et recharger mon portable français et mon eee-PC
- 3 comprimés: zinc, vitamine C, Lutényl
- 6 chopes de thé vert (5 glacé, 1 chaud)
- 2 filtres à thé jetables
- Environ 55 feuilles de papier toilette
- 2 doses d'eau micellaire
- 3 doses de savon liquide pour les mains
- 3 doses de dentifrice
- 4 petits cotons démaquillants
- 2 doses de dissolvant
- 1 dose de masque à l'argile
- 1 dose de savon pour le corps
- 1 dose de nettoyant visage
- 1 application de déodorant
- 1 dose de soin éclaircissant
- 2 doses de crème hydratante
- 1 dose de contour des yeux
- 100 g de fromage blanc
- 10 petites fraises
- 5 crêpes au fromage surgelées
- 1 yaourt maigre au chocolat
- 1 cuillère d'huile d'olive
- 5 Croustibats
- 1/2 citron
- 1 sachet individuel de légumes vapeur surgelés
- 1/2 sachet de riz basmati
- 1 lichette de beurre
- 1 dose de parmesan
- Du poivre
- De la fleur de sel
- 3 feuilles de Sopalin
- 1 dose de liquide vaisselle
- 1 dose de poudre pour lave-vaisselle
- 2 cartes postales
- 2 timbres (un pour l'Europe, l'autre pour le reste du monde)
- 2 feuilles de carnet
- De l'encre noire de stylo Bic

J'ai trouvé cette expérience assez édifiante: la liste est loooongue, surtout pour une journée où je n'ai pratiquement rien fait (pas de cuisine, pas de shopping, pas de ménage...). Ca tente quelqu'un d'autre?

mardi 7 juillet 2009

"L'ombre du vent"

Il est des livres qui vous happent dès les premières lignes, qui vous emportent très loin dans le temps et la distance pour ne plus vous lâcher jusqu'au point final. Et comme pour toute histoire d'amour, vous êtes bien en peine d'expliquer pourquoi. Parce que le style est évocateur et que les phrases s'enchaînent avec une grande fluidité? Parce que l'auteur mélange avec talent des éléments disparates pour planter une atmosphère unique? Il y a de cela bien sûr, mais aussi ce petit plus qui fait les roman(ce)s inoubliables, cette alchimie mystérieuse entre un lecteur et un livre. Vous ne le dévorez pas parce qu'il évoque un thème familier qui fait écho en vous; d'ailleurs, vous seriez bien en peine de le ranger dans une catégorie quelconque. Vous le dévorez parce qu'il vous entraîne hors de votre zone de confort, vers des horizons que vous ne pensiez pas contempler un jour et qui pourtant vous ravissent.

"L'ombre du vent" m'a été recommandé par Soeur Cadette lors de sa dernière venue à Bruxelles, puis il y a peu par Cécile de Brest. D'habitude, c'est plutôt moi qui conseille les autres en matière de lecture. Mais pour une fois, je suis bien contente de m'être laissée guider. Je l'ai commencé mercredi dernier, au soir d'une dure (et pas très fructueuse) journée de soldes, et n'ai réussi à le poser que vers la page 140 et une heure du matin. Si j'avais été en vacances, je crois que je l'aurais lu d'un trait. Comme je ne le suis pas, il m'a fallu cinq soirées pour en venir à bout. Ca faisait un petit moment qu'un livre ne m'avait pas autant enchantée. Pour celles qui n'en auraient pas encore entendu parler, un petit coup d'oeil à la quatrième de couv':

"Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon dans un lieu mystérieux du quartier gothique: le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant est ainsi convié par son père à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération: il doit y "adopter" un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets "enterrés dans l'âme de la ville": L'Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafòn mêle inextricablement la littérature et la vie."