mercredi 30 juillet 2014

Candylicious Spa by Le Boudoir de Jade, un havre de douceur sucrée à Toulon




Récemment, alors que je descendais à pied depuis la gare de Toulon vers le centre-ville, j'ai repéré une vitrine robe bonbon qui détonnait pas mal au milieu des cabinets d'avocats et de comptables. "Le boudoir de Jade". Mmmh. C'est nouveau, ça, me suis-je dit. Je suis allée voir leur site internet: la carte des soins était impressionnante par sa diversité et sa modernité. Alors, même si les paillettes, les cupcakes et l'hyper-girlytude, c'est pas trop mon truc, la curiosité m'a poussée à prendre rendez-vous pour une pédicure.




Le jour J, j'arrive un peu en avance et suis accueillie par un charmant jeune homme qui me dirige vers la salle d'attente équipée de sièges moelleux, d'un minibar et de piles de magazines féminins. J'en profite pour aller aux toilettes en regardant partout autour de moi. C'est assez étonnant, ce grand appartement de type haussmanien transformé en royaume de la barbapapa, mais même si je ne me sens pas forcément dans mon élément, je dois admettre que la déco du Candylicious Spa est recherchée et cohérente, avec un grand soin apporté aux moindres détails. Outre le bar à ongles où je serai reçue aujourd'hui, plusieurs salles sont réservées au hammam, au bain à remous et aux soins cabine, et l'accueil comprend un espace boutique où sont vendus les cosmétiques aux senteurs gourmandes (meringue, chocolat, cupcake, cookie...) créés par Jade.




A l'heure pile de mon rendez-vous, la maîtresse des lieux en personne vient me chercher et me conduit dans le bar à ongles. Une esthéticienne est en train de faire une manucure à une autre cliente. Je suis invitée à déposer mes affaires dans un coin, ôter mes chaussures et grimper sur un des deux "trônes" pour présenter mes pieds à Jade. La pédicure à la brésilienne dure une demi-heure; elle comprend un ponçage des pieds et des ongles, la pose de chaussons imprégnés d'un produit émollient à base d'acide hyaluronique et de silicone et d'aloé vera, la taille des ongles ("rond ou carré?" me demande Jade) et la pose d'un vernis au choix parmi les dizaines de flacons d'OPI sagement alignés sur la cheminée. 




Pendant la période d'attente, Jade me propose à boire: thé parfum muffin à la myrtille ou cupcake à la fraise, café, sirop aux saveurs acidulées... J'opte pour un thé, que le réceptionniste m'apporte sur un petit plateau dans une jolie tasse accompagnée de bonbons. J'apprécie beaucoup l'attention même si je ne mange pas de sucreries. 




En bavardant avec Jade, j'apprends que le Candylicious Spa vient de fêter ses... 7 ans. Mon redoutable sens de l'observation a encore frappé. Jade semble incroyablement jeune pour quelqu'un qui a créé une entreprise au concept aussi abouti et la gère avec succès depuis tant d'années. Elle m'assure qu'elle est plus vieille que je ne l'imagine; j'en déduis que ses cosmétiques sont d'une efficacité redoutable! Autre surprise: malgré son côté très girly, le spa  propose également des soins pour hommes et a dans sa clientèle des militaires de l'arsenal voisin. L'idée me fait sourire. Cela dit, je me vois très bien revenir avec Chouchou pour une séance de hammam suivie d'un massage en duo. Je meurs d'envie d'essayer les pierres chaudes depuis des années, c'est une occasion parfaite! 




En payant mon soin, je ne peux m'empêcher de sentir les parfums présentés sous cloche sur le comptoir. Comme je m'y attendais, la plupart d'entre eux sont bien trop sucrés à mon goût, mais je craque quand même pour un gommage corps "tarte aux pommes" dont je sais que j'apprécierai l'odeur gourmande cet hiver. Je repars enchantée par mon test et bien décidée à revenir très prochainement. 




71, av. Vauban
83000 TOULON
Ouvert du mardi au samedi, avec ou sans RV

mardi 29 juillet 2014

"My real children"


Patricia est en maison de retraite. Et malgré son diagnostic de sénilité, son problème n'est pas d'avoir oublié des choses, mais de s'en rappeler trop. Elle jurerait avoir mené deux vies différentes. Dans l'une, on la surnommait Trish. Elle était mariée avec Mark, un homme froid et désagréable qui la rabaissait constamment, refusait qu'elle travaille et lui avait fait quatre enfants - mais bien que malheureuse, elle vivait dans un monde de tolérance et de paix. Dans l'autre, on l'appelait Pat. Elle avait une relation merveilleuse avec une autre femme, trois enfants conçus à l'aide d'un ami qui avait bien voulu servir de géniteur, une belle maison de vacances à Florence et une carrière épanouissante d'auteur de guide de voyages, mais le monde avait été ravagé par une guerre nucléaire...

J'ai fait des pieds et des mains pour me procurer le dernier roman de Jo Walton. Je l'ai cherché à Paris et à Bruxelles dans cinq librairies anglophones qui ne l'avaient pas en stock malgré sa sortie très récente, et de guerre lasse, j'ai fini par le commander sur Amazon. Oui, c'était un hardback; oui, il coûtait plus de 20€, mais j'avais été tellement enchantée par le réalisme magique de "Among others", et j'étais si motivée par cette idée de base prometteuse qu'il me le fallait absolument. 

J'ai vite déchanté. Narrées en parallèle, les deux existences de Patricia se résument à une énumération d'événements, une chronologie sèche et dépourvue d'émotion. Je me rends bien compte que 300 pages, c'est court pour raconter deux vies entières, mais il m'aurait semblé plus judicieux de se focaliser sur des moments-charnière ou des anecdotes parlantes, comme le fait Kate Atkinson dans "Life after life" - autre uchronie personnelle nettement plus réussie. Jamais on ne sait pourquoi le monde de Pat est si différent de celui de Trish, même si l'héroïne envisage que ça puisse être dû à un effet papillon généré par le fait qu'elle accepte ou refuse la demande en mariage de Mark (un Anglais ordinaire nullement impliqué dans la politique internationale).

Je me suis vaillamment mais fermement ennuyée jusqu'au dernier chapitre, que je ne peux que qualifier de grotesque dans sa façon de loucher vers "Le choix de Sophie". Pourquoi, arrivée à la fin de sa vie, Patricia se sent-elle tenue de choisir une de ses deux existences et de faire prévaloir un monde sur l'autre? C'est un mystère presque aussi épais que la façon dont laquelle une auteure capable d'écrire avec la sensibilité et le talent d'évocation dont elle fait preuve dans "Among others" a pu dans la foulée commettre un roman d'une platitude aussi abominable

lundi 28 juillet 2014

Les livres de ma jeunesse




Mes parents ne lisaient pas vraiment.
Toute leur bibliothèque tenait dans la partie vitrée d'un petit buffet années 70. Du côté de ma mère, il y avait: 
- l'intégrale des "Jalna" de Mazo de la Roche, que nous avons dévorée et adorée toutes les deux,
- l'intégrale des "Rois Maudits", qu'on lui avait offerte et qu'aucune de nous deux n'a eu le courage de se farcir,
- un ou deux Pearl Buck dont je ne peux pas dire qu'ils m'aient laissé un souvenir impérissable,
- "L'astragale" d'Albertine Sarrazin, que j'avais trouvé assez troublant,
- un roman d'amour et d'aventure qui se passait dans le Sud de l'Afrique, et dont je n'ai rien retenu sinon que la capitale de la Namibie s'appelle Windhoek (par contre, ne me demandez pas de le prononcer).
Du côté de mon père, il y avait essentiellement des ouvrages consacrés à la nature, dont:
- un très beau "Guide des oiseaux" relié cuir, que j'ai récupéré après sa mort et dont l'odeur bien particulière me fait immédiatement monter les larmes aux yeux chaque fois que je me risque à l'ouvrir,
- "50 histoires de chasse et de pêche", parmi lesquelles l'horrible mésaventure d'un type qui s'est à moitié fait bouffer par un grizzly et qui a feint d'être déjà mort pour en réchapper - j'en ai fait des cauchemars pendant plusieurs années.

On conviendra que c'est peu. Pour pallier les déficiences de la bibliothèque parentale, j'avais une poignée de recours:
- le bibliobus, qui venait dans mon quartier un vendredi sur deux et où je ne pouvais emprunter que 2 livres à la fois, mais grâce auquel j'ai découvert Arsène Lupin,
- le CDI de mon collège, dont l'intégralité des ouvrages tenait sur une douzaine d'étagères, mais qui a eu le mérite d'alimenter la passion dévorante que je vouais alors à la mythologie; j'ai dû emprunter 10 fois l'encyclopédie sur le panthéon gréco-romain pour compléter le tentaculaire arbre généalogique tracé avec amour sur une feuille de papier à petits carreaux format A3 que mon père m'avait rapportée du travail, 
- le comité d'entreprise de l'URSSAF où bossait ma mère, auquel je dois de m'être farci plusieurs Paul-Loup Sulitzer ainsi que les aventures d'Emma Harte écrites par Barbara Taylor Bradford,
- la collection de Reader's Digest de ma grand-tante, chez qui nous passions parfois le dimanche après-midi devant un poste de télé poussiéreux et un sac de 1 kilo de biscuits secs avec des trucs écrits dessus; c'est là que j'ai lu mes premiers Agatha Christie en version ultra-tronquée, ainsi que "Les dents de la mer",
- la bibliothèque de mon grand-père, pas si énorme que ça pour un prof de français quand j'y repense; souvenirs les plus marquants: l'intégrale des Comtesse de Ségur, quelques Alexandre Dumas, une poignée de Jules Verne (nouveaux cauchemars après la lecture de la scène où les méchants Tartares brûlent les yeux de Michel Strogoff), "Le complexe d'Icare" d'Erica Jong qui n'était pas du tout de mon âge (je me souviens avoir été choquée par la façon très crue dont l'auteur décrivait l'arrivée de ses règles) et une collection de Playboy des années 70 planquée sous le lit de la mansarde, que j'ai feuilletée avidement comme tous mes cousins en prétendant que c'était "pour les articles". J'ai lu tous les romans vautrée sur l'ancien lit de mon arrière-grand-mère: le jour, tandis que mes parents me houspillaient pour que j'aille plutôt jouer dehors; la nuit, planquée sous les couvertures avec une lampe de poche à côté de ma soeur qui rouspétait pour que j'éteigne. 

Jusqu'à ce que je commence à gagner ma vie, je n'avais jamais assez à lire (et surtout, pas ce que j'aurais voulu). Parfois, j'en étais réduite à éplucher le Télé 7 Jours familial ou le dos d'une boîte de chocolat en poudre. C'est sans doute la plus grande frustration de mon enfance. Et ça explique sûrement pourquoi un des premiers rêves que je me suis empressée de réaliser une fois devenue propriétaire de mon appartement, c'est l'achat d'une bibliothèque sur mesure, réalisée par un ami menuisier et occupant toute une pièce. Je pensais que je ne la remplirais jamais; en fait, comme je lis plus d'une centaine de bouquins par an et que je stocke également un exemplaire de toutes mes traductions, les étagères ont commencé à déborder six mois après son installation. Aujourd'hui, je suis obligée d'observer très strictement la règle du "1 entrant, 1 sortant". Au fil du temps, je constitue ainsi une sorte de "best of" de l'ensemble de mes lectures, les ouvrages qui ont été considérés comme assez extraordinaires et/ou marquants pour mériter une place dans ce saint des saints. C'est de toutes mes possessions matérielles la plus encombrante, la plus significative et celle à laquelle j'aurais le plus de mal à renoncer.




dimanche 27 juillet 2014

A tous ceux et celles qui osent




A tous ceux et celles qui mettent fin à une longue relation qui ne les rendait plus heureux, malgré la peur de la solitude et des difficultés matérielles,
tous ceux et celles qui font ou refont leur vie avec une personne d'une autre couleur, d'une autre religion ou d'un autre milieu social au mépris du qu'en-dira-t-on,
tous ceux et celles qui partent vivre à l'étranger l'estomac noué à la perspective de tout recommencer à zéro, sans repères familiers et sans réseau de contacts, mais qui partent quand même,
tous ceux et celles qui plaquent un boulot salarié dans lequel ils crevaient à petit feu pour tracer leur propre chemin en free lance, visant l'épanouissement au prix d'une précarité permanente,
tous ceux qui réfléchissent à des moyens de changer le monde en mieux, et qui se démènent pour les mettre en application quand ce serait tellement plus simple de bêler avec le reste du troupeau,
tous ceux et celles qui ont choisi un mode de vie non conventionnel et affrontent perpétuellement les questions déplacées voire agressives des braves gens qui n'aiment pas que...

A tous les pères au foyer, les mères qui ont une carrière hyper-prenante, les femmes qui assument de ne pas vouloir d'enfants, les Juifs qui épousent des Arabes, les divorcés après 20 ans de mariage, les expatriés à l'autre bout du monde, les gens qui inventent leur métier chaque jour, les parents d'handicapés qui se battent pour les droits de leurs enfants, les intermittents qui se font traiter de parasites et les écrivains dépouillés de leurs droits, les homosexuels qui fondent une famille, les polyamoureux, les vegans et les militants écologistes, les révolutionnaires du quotidien, les insurgés qui mettent le feu aux poudres des conventions,

Je vous salue: vous êtes vivants. 

Un week-end chaud et (presque) studieux




Impossible de m'endormir avant 3h30 hier soir, ça m'a rappelé mes années d'insomnie et j'ai remercié le ciel d'avoir retrouvé un sommeil normal 99% du temps; vers 10h, passage du livreur Picard qui m'apporte de quoi survivre les jours de grandes flemme; attaquons donc le rangement par le vide de la bibliothèque de gauche; je ne vais JAMAIS relire les 18 tomes de Fushigi Yugi; ouste, les deux boîtes de biscuits Mickey contenant les souvenirs de mes deux premiers séjours à Disneyland, il y a une quinzaine d'années, avec Etre-Anciennement-Exquis; déposer un carton plein de bouquins et de bédés avec une affichette "servez-vous" dans le hall de ma résidence; le TER d'habitude quasi désert est aujourd'hui bondé de gens avec valises; ouh mais ça tape vachement, j'aurais peut-être dû mettre de la crème solaire sur mes bras aussi; une petite halte vite fait aux Galeries Lafayette pour jeter un coup d'oeil aux fins de solde tout en profitant de la clim'; cette petite jupe noire Pablo serait une bonne addition à ma garde-robe de mi-saison, et cette robe DDC mandarine à doublure de coton m'éviterait de transpirer dans mes fringues en pur synthétique, mais ni l'une ni l'autre ne m'excite vraiment; alors que je me dirige vers la sortie, je tombe raide amoureuse de... d'un imperméable? d'un trench ? d'une parka légère? bleu marine René Derhy, qui sera parfait(e) pour les jours de pluie à Bruxelles et me fait une silhouette ravissante; j'ai beau tourner autour des halles, impossible de trouver le fameux bar à cocktails dont j'ai lu tant de bien; du coup, ce sera un thé glacé et une boule de sorbet à la pêche artisanal sur une des banquettes en velours vert du Chantilly (mais j'avoue: un instant, j'ai hésité avec les beignets de fleur de courgette qui étaient à la carte du déjeuner); oh, chic, un Monoprix va ouvrir à deux pas de là; 34°, tu m'étonnes que j'aie un peu chaud; l'achat pas glamour (et néanmoins indispensable) du jour, c'est une cartouche couleur pour mon imprimante; mais où faut-il aller pour trouver de la menthe fraîche dans cette ville?; réponse: au Franprix de l'avenue Vauban; je testerais bien la pédicure du Boudoir de Jade - prenons rendez-vous pour la semaine prochaine; dans ma hâte de rentrer chez moi, je monte dans un TER à destination de Marseille, ne m'en aperçois qu'au bout de quelques minutes et me ridiculise en jaillissant de mon siège comme si une guêpe m'avait piquée; le carton que j'ai déposé ce matin est déjà vide à l'exception de deux livres de photos avec des textes en anglais; comment la même auteure peut-elle avoir écrit le merveilleux "Among others" et le chiantissime "My real children"? mystère.




Heureusement qu'il n'y a rien d'autre à faire le dimanche à Monpatelin, parce que j'ai pas du tout envie de bosser; pourquoi je peine comme ça sur un bouquin pourtant plutôt sympa et sans difficulté particulière?; attaquer le rangement de la partie "souvenirs" dans la bibliothèque de gauche; ne toujours pas retrouver la photo de moi petite avec ma bouée-canard bleue dont je voulais me servir pour illustrer un billet; feuilleter sans m'attarder l'agenda 1997 de mon grand-père; me demander s'il existe au monde une créature plus mélodramatique qu'une fille de 17 ans amoureuse d'un bellâtre inaccessible; danser et chanter en culotte sur des morceaux des années 80 alors qu'il fait beaucoup trop chaud pour ça et que ma traduction attend désespérément que je daigne m'y remettre; regarder le court-métrage réalisé pour les 100 ans de la gare de Tokyo et chialer un bon coup; quand soudain sous la douche, l'illumination: aérochar!; proportions rajustées, mon deuxième mojito est déjà bien meilleur que le premier, peut-être un chouïa de sucre de canne en plus? et une dose d'alcool pour adulte?; tant pis, je déclare forfait à 6 pages de mon objectif du jour; quand je pense que je vais devoir bosser pendant les vacances, j'ai un tout petit peu envie de me pendre; Pusheen veut des bisous MAINTENANT; Chouchou a tué tous ses jolis poils; dire que je n'ai même pas été foutue de pondre un des deux billets intimes qui tournent dans ma tête depuis plusieurs jours, ni de tester le foutu blender blanc acheté l'été dernier; je finis ce week-end pas très contente de moi.

samedi 26 juillet 2014

"Indigo"


"Un festival culturel rassemble pendant huit jours quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d'eux et bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vie où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait sentir partout la menace terroriste. Une Inde où n'ont pas cours la légèreté et la raison française, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l'orage est couleur indigo. Au bout du monde, les quatre Français se retrouve en huis clos, face à leur passé et à leurs limites." 

Bien que j'aie aimé plusieurs des ouvrages précédents de Catherine Cusset ("Le problème avec Jane", savouré pendant des vacances en Corse dans la fraîcheur de ma chambre alors que tout le monde était descendu à la plage, mais aussi "Confessions d'une radine" et "New York, journal d'un cycle"), je n'avais pas du tout prévu de lire "Indigo" dont le sujet ne m'attirait pas spécialement. Mais pour la deuxième fois d'affilée, je me suis aperçue arrivée à la gare que je n'avais pas emporté de quoi m'occuper durant un long voyage en train, et le Relay ne proposait qu'un choix réduit en matière de littérature. Plutôt mourir que lire du Musso, du Legardinier ou me taper le dernier Nothomb, et je ne suis pas fan de polar. Par élimination, ne restait qu'"Indigo".

Au final, je l'ai à peine entamé dans le train, mais dévoré d'une traite le lendemain à la terrasse du bar de la place de Monpatelin (devant un verre de punch rouge et trop sucré au lieu du mojito que j'espérais, parce que "c'est plutôt un bar de quartier ici, vous voyez?"). Comme souvent chez Catherine Cusset, les personnages sont présentés sous un jour peu sympathique, égocentrés au point qu'on a envie de leur foutre des claques. Une cinéaste qui a tout réussi dans sa vie se demande si elle ne serait pas responsable du suicide de sa meilleure amie. Un intellectuel vieillissant, obsédé par le sexe et persuadé que les femmes perdent tout intérêt après quarante ans, se retrouve pris au piège d'une paternité dont il ne veut pas. Une directrice de festival cruellement dépourvue de confiance en elle est confrontée à son grand amour de jeunesse, qui ne la reconnaît même pas. Enfermé dans son petit drame intérieur, chacun accumule les réflexions ridicules et passe totalement à côté des autres. Pourtant, on les observe avec fascination, un peu comme on écarquillerait les yeux devant une collision imminente: on attend de voir de quelle façon ils vont se manger un mur et s'ils vont s'en relever. Et la toile de fond de l'Inde en pleine psychose anti-terroriste est assez intéressante. Une lecture plus agréable qu'espéré, donc, servie par une écriture tout à fait dépourvue de sentimentalisme.